20 mars 2007 Interview du président de SOS Tabac
octobre 11, 2009
Interview de Jean-Pierre MARGUARITTE
Président SOS Tabac
GM : Monsieur le Président, vous interpellez les Présidentiables pour une plus juste affectation de la cagnotte constituée par les jeux de hasard de la Française des Jeux et du PMU et vous prétendez que la Française des Jeux, dont l’Etat est actionnaire à plus de 70%, viole la Loi EVIN qui interdit la publicité indirecte en faveur du tabac. De quelle façon la FDJ peut-elle violer cette Loi ?
JPM : Le 3 février 1998, Monsieur le Procureur de la République a reconnu, à la suite d’une action que nous avions engagée à l’encontre du Ministère des Finances, qu’il existait un réel préjudice à inciter les citoyens à pénétrer dans un débit de tabac pour y acheter d’autres produits que le tabac.
Le Président de la Française des Jeux, pour s’en défendre, rappelait dans un précédent courrier la mission que lui avait confié l’Etat tout en précisant le rôle d’animation important des buralistes pour la cohésion sociale.
GM : Vous pensez réellement que l’incitation à rentrer dans un débit de tabac risque d’inciter à fumer ?
JPM : Imaginez un ancien fumeur qui, désireux de jouer aux jeux de hasard, fréquenterait les débits de tabac. Vous connaissez l’impact des jeux de type RAPIDO qui engendrent le stress du jeu avec tous les comportements réactionnels associés qui incitent à la consommation des produits vendus sur place tels que le café, l’alcool, le tabac.
GM : Mais en début d’année 2008, l’interdiction de fumer s’élargira aux débits de tabac.
JPM : L’interdiction de fumer du tabac, oui, mais pas l’interdiction d’acheter des cigarettes ni de consommer du café ou de l’alcool. Or, vous savez bien que les causes de rechute chez l’ancien fumeur sont essentiellement liées à l’environnement, au stress et à l’usage immodéré de stimulants. De plus, la consommation d’un toxique agit de telle façon sur le système nerveux qu’il s’en suit chez les publics les plus fragiles, une envie impérieuse de reprendre un autre toxique.
C’est le phénomène habituel reconnu chez le fumeur qui allume sa cigarette après son café, ou bien associe sa consommation de cigarette à celle de l’alcool.
Or, il ne me semble pas qu’il soit prévu d’interdire la vente du café ni celui de l’alcool dans les bars tabac.
GM : Mais pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour soulever à nouveau ce problème ?
JPM : Les intérêts économiques en jeux ont été plus forts que ceux de la santé publique, mais aujourd’hui, le contexte est différent.
Le contexte est aujourd’hui différent, la protection contre le tabagisme et de façon plus large, LA PREVENTION SANTE et celle des COMPORTEMENTS ADDICTIFS, est un des axes prioritaires des Etats généraux de la Prévention mis en place par Monsieur le Ministre de la Santé Xavier BERTRAND
L’interdiction de la vente des jeux de hasard aux mineurs a récemment été annoncée par le Ministre délégué au budget, Monsieur Jean-François COPE.
GM : Quel est le motif de votre action aujourd’hui ?
JPM : Le Rapport des Etats généraux de la Prévention fait état de différentes actions qui restent insuffisantes, notamment, les messages descendants directs de type FUMER TUE, A BOIRE AVEC MODERATION, CONSOMMER 5 FRUITS PAR JOUR …, le dépistage médical systématique de certaines pathologies, l’éducation thérapeutique des malades pour améliorer la qualité de vie et de réduire les complications.
Mais, un volet de la PREVENTION qui concerne tous les Citoyens est absent de ce Rapport alors qu’il est fondamental pour aboutir à la prise de conscience nécessaire au changement de comportement.
Ce volet se situe entre la prévention comportementale (éducation à la santé) et la prévention médicale (dépistage), ce nouveau système de Prévention que j’appelle LA PREVENTION ACTIVE présente une grande différence entre les actions de prévention santé existantes car il intéresse tous ceux qui « souffrent » et qui ne sont pas malades au sens médical du terme.
Ce sont ces maux que les professionnels de santé qualifient de « pathologies légères ».
C’est précisément la mise en oeuvre de ce volet de la Prévention qui motive notre action.
GM : Qu’entendez-vous par pathologies légères ?
JPM : Les pathologies légères sont les manifestations de l’organisme à notre environnement de vie : alimentation déséquilibrée, sédentarité, troubles sociaux, nouveaux rytGMes de travail…
Elles se traduisent par la fatigue, le mal de dos, le surpoids, la nervosité, l’anxiété…
Ce sont celles qui font le déficit de la branche maladie de la sécurité sociale et que nous payons TOUS, celles qui pèsent sur la productivité des Entreprises et qui font le lit des maladies graves.
GM : Mais ne pensez-vous pas justement que l’évolution de la médecine et des nouvelles thérapeutiques contribuent à prévenir ces pathologies ?
JPM : Les nouvelles technologies ont en effet permis à la médecine de faire d’énormes progrès, mais cela concerne essentiellement le traitement des maladies graves et les moyens de dépistage.
Les chiffres montrent une diminution des dépenses de la branche maladie mais si l’on isolait le chiffre des dépenses consécutives aux pathologies légères, on s’apercevrait qu’il reste encore une importante économie à faire car ces pathologies, pour la plupart, ne nécessitent pas de traitements médicamenteux.
Le médicament dans ce cas soulage mais ne guérit pas, il a un effet temporaire ou bien encore reste inefficace, comme en témoigne le choix thérapeutique des personnes en % selon les pathologies légères. Parmi les 30 % de la population qui souffre régulièrement de ces pathologies légères, la moitié fait appel à la médecine (Source SIMM 2001).
GM : Et pourtant les comptes de l’Assurance maladie montrent une diminution de plus de 2% des dépenses de la branche maladie.
JPM : Il faut peut-être y voir les conséquences d’un changement de comportement des citoyens face à la maladie, la santé a profondément évolué ces dernières années en passant de l’acceptation résignée de la maladie à une « vision systémique de la relation entre la santé, la beauté et la forme », facteur de sociabilité et de bien-être. On constate également un engouement vers les médecines douces et alternatives, près d’un quart des français y ont recours.
Cela tend à prouver qu’il existe maintenant un réel décalage entre les besoins de la population et le service médical apporté.
GM : Mais que vient faire la FRANCAISE DES JEUX dans tout cela ?
JPM : Comme la FRANCAISE DES JEUX finance le Centre National de développement du Sport (CNDS), l’activité physique étant une des composante importante du maintien de l’état de santé, elle pourrait également financer la mise en œuvre et le développement d’un nouveau système de santé qui porterait sur la PREVENTION ACTIVE.
Cette population n’est pas médicalement malade, elle a principalement besoin d’être prise en charge par des professionnels spécialisés et compétents pour obtenir un soulagement rapide et durable auquel serait associée un réelle valeur pédagogique.
Elle a également besoin d’être motivée pour avoir envie de devenir elle-même le principal acteur de sa santé.
LA PREVENTION ACTIVE présente l’avantage d’engager sur le résultat aussi bien le praticien que l’acteur principal et de faire l’objet d’une évaluation des résultats sans coûter un centime aux organismes sociaux.
GM : Vous pensez donc que LA FRANCAISE DES JEUX pourrait financer ce programme ?
JPM : Ce type de financement existe, il manque aujourd’hui une volonté politique.
La Commission ad-hoc du Sénat dans son projet de loi de finances pour 2007, a proposé une majoration des recettes du Centre National du développement du Sport (CNDS) de 1,78 % à 2,23 % prélevées sur les sommes misées sur les jeux exploités par LA FRANCAISE DES JEUX.
Le budget global serait alors porté à 120 millions d’euros sur les trois années de 2006 à 2008.
Quand on sait que LA FRANCAISE DES JEUX dont l’Etat est actionnaire annonçait en 2005 un chiffre d’affaires de 8,9 milliards d’euros avec un résultat avoisinant les 30 %, il semblerait naturel qu’elle s’engage financièrement.
GM : C’est précisément sur cette volonté politique que vous interpellez les présidentiables ?
JPM : Oui, les professionnels de santé compétents ont d’ores et déjà été identifiés et ce nouveau système de soins a déjà été expérimenté. Il reste maintenant à prendre la décision d’un éventuel financement pour réaliser une étude afin de définir les modalités pratiques de son mode de fonctionnement (sélection et formation des praticiens, évaluation, croisement des indicateurs, modalités économiques et financières…).
Commençons déjà par obtenir de LA FRANCAISE DES JEUX un financement pour la mise en œuvre d’une Cellule tripartite réunissant les principaux acteurs concernés (Professionnels de santé, Entreprises, Complémentaires santé sans oublier une instance représentative des citoyens-patients) dont la mission serait de remettre un rapport au nouveau Gouvernement avant la fin de l’année 2007.
GM : Quelle solution voyez-vous pour LA FRANCAISE DES JEUXÂ et pourquoi pas le PMU ?
JPM : Le problème du PMU est similaire sauf que l’Etat n’y est pas actionnaire. L’idéal serait de séparer les lieux de vente des jeux de ceux des produits du tabac et de l’alcool, mais qui osera, aujourd’hui, prendre une telle position face à la puissante Confédération Nationale des Débitants de tabac ?
GM : Nous avons eu connaissance d’un courrier que vous auriez adressé au Président de la FRANCAISE DES JEUX et de vos démarches auprès des présidentiables et du Député à l’initiative de la récente Loi. Avez-vous pu recueillir quelques indications ?
JPM : Nous avons en effet demandé à Monsieur le Député Yves BÜR de poser une question écrite à Monsieur le Ministre du Budget Jean-François COPE, ce dernier nous a répondu qu’il y réfléchissait !
Pour le reste, aucune réponse. Nous pouvons comprendre que d’autres préoccupations animent aujourd’hui les personnalités du monde politique, aussi, nous n’excluons pas l’idée de saisir une nouvelle fois le Tribunal français à l’encontre de LA FRANCAISE DES JEUX.
Entre temps, nous avons interrogé la Commission des Communautés Européennes à Bruxelles.
Il semblerait que d’autres éléments soient à considérer, notamment, le monopole d’Etat des Douanes Françaises sur le vente des produits du tabac.
GM : Ne pensez-vous pas que votre action s’assimile à celle du pot de terre contre le pot de fer ?
JPM : C’est une interprétation, avec pourtant un différence importante, c’est qu’il n’y a qu’un pot de fer alors que SOS Tabac porte le message de millions de pots de terre, et que le pot de fer rouille ce qui n’est pas le cas du pot de terre.
Propos recueillis par Gérard MEFTAH  Groupe de Presse Robert LAFONT le 20 mars 2007
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